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Laisse tes enfants gérer leur confort.

Il fût une époque, pas si lointaine, où j’avais l’âge de mes enfants et que je fréquentais l’école primaire. Quand arrivait le printemps, le beau soleil et les belles températures, il n’était pas rare que ma grosse veste en polar devienne beaucoup trop chaude et que je veuille la retirer après 5 minutes de jeux de tague. Et là, la surveillante bien intentionnée m’obligeait à remettre mon gilet sous prétexte qu’il faisait froid et que j’allais être malade! C’est sûr que de son point de vue, à marcher tranquillement parmi les enfants, il devait faire froid. Mais moi, j’avais terriblement chaud à force de courir, mon gros polar devenait vite brûlant et j’étais trempée de sueur.

Aujourd’hui, je constate comment on infantilise nos enfants en les empêchant de gérer eux-mêmes leur confort. Ça me dépasse! Comment peut-on prétendre savoir mieux qu’eux-mêmes comment ils se sentent dans leur peau et décider à leur place de la façon dont ils doivent s’habiller ? Comment peut-on les préparer à se responsabiliser si on leur retire le pouvoir sur les éléments qu’ils sont les seuls à ressentir? Leur corps et leurs sensations leur appartiennent. Prétendre le contraire, c’est leur faire comprendre qu’ils sont inaptes à prendre des décisions pour eux-mêmes et qu’ils n’ont aucun contrôle sur leur vie. Si on pousse plus loin, ça met en place des belles conditions pour développer des troubles de comportement, d’estime de soi, d’anxiété, etc. Je pense sincèrement qu’on a tout à gagner à leur faire confiance: on leur enseigne la base et on leur laisse la possibilité de faire des erreurs et de s’ajuster.

Au quotidien, comment on fait ça? Au moment d’écrire ces lignes, mes enfants ont 5 et 6 ans, voici comment j’ai toujours fonctionné jusqu’à ce jour et je compte bien poursuivre dans cette lignée:

Je ne sais pas ce qui fait autant rire ce bébé, mais assurément, il ne présente aucun inconfort d’être si peu vêtu.
  • Quand ils étaient bébés, je les habillais avec une couche de plus que moi (cache-couche et chandail). Mais si je ne supportais pas du tout la chaleur (vive les étés du Québec), il n’étais pas rare que je les habillais simplement en cache-couche ou même juste en couche. J’ajouterais que les bébés, et particulièrement les nouveaux-nés, savent très bien exprimer leur inconfort. D’ailleurs, ils ne font que ça: ils chignent/grognent/pleurent pour exprimer leurs besoins et il n’en tient qu’à nous de les décoder. À partir de là, quand un bébé dort ou qu’il gazouille paisiblement, c’est qu’il va bien. Nul besoin de chercher à savoir s’il a froid et à le couvrir. Relaxe et pratique ton lâcher-prise! Ça va vraiment beaucoup te servir!
En voilà un qui est vraiment bien habillé pour jouer dans les flaques.
  • Au stade bambin, c’est là que l’éducation commence. C’est aussi là qu’ils veulent tout faire seuls parce qu’ils veulent montrer comme ils sont capables. Ils veulent commencer à contrôler certains éléments de leur vie et la moindre des choses est de leur permettre de contrôler comment ils se sentent, c’est tellement la base! Chez moi, j’ai toujours laissé mes enfants jouer dehors à leur guise: la boue, les flaques d’eau, les montagnes de terre, le gazon mouillé… Y’en n’a pas de problèmes! Souvent, ils revenaient tellement sales que je les faisais déshabiller dehors pour les envoyer dans le bain ensuite. Bref, j’ai toujours fonctionné par explication et par essai-erreur. «Regarde, il pleut dehors. si tu mets tes souliers, tes pieds vont être trempés, ce serait mieux de mettre tes bottes de pluie. Tu n’es pas d’accord? Ok, vas essayer, on s’en reparle dans 5 minutes». Et là, petit bambin s’en va sauter dans les flaques, et constate que l’eau entre dans ses souliers et qu’il a les pieds trempés. Il vient de vivre un inconfort et de comprendre notre avertissement. Il sera certainement plus volontaire pour entrer, mettre de nouveaux bas et enfiler ses bottes de pluie. La chasse aux flaques d’eau n’en sera que plus amusante, et il aura compris pour la prochaine fois!

    C’est donc la méthode que j’applique depuis toujours: j’explique ce qu’il me semble préférable de faire, mais je laisse mon enfant décider pour lui-même. Si je sais que sa décision n’est pas la bonne et qu’on s’en va quelque part, je prends soin d’apporter le bon vêtement pour être prête lorsqu’il réalisera son inconfort. Le plus important est de ne pas culpabiliser l’enfant avec des «tu vois, je t’avais dit que…», mais plutôt de le féliciter d’avoir su s’écouter et de prendre une meilleure décision, sinon, mine de rien, on l’encourage à maintenir sa position pour avoir absolument raison.
Auriez-vous préféré être en T-Shirt les filles?
  • En âge scolaire, c’est tellement simple puisque les bases de «l’autogestion» sont mises en place depuis longtemps. Mes enfants sont très matinaux, alors il n’est pas rare qu’ils soient déjà en train de jouer dehors plus de 45 minutes avant le passage de l’autobus. Chaque matin avant de sortir, ils s’habillent comme ils le sentent. Parfois ils me demandent de vérifier la météo de la journée pour valider leurs choix, mais la décision finale leur appartient. Il ne faut pas oublier que quels que soient leurs choix, ils seront les seuls à en subir les conséquences. C’est vraiment une belle base de responsabilisation! Souvent, ils reviennent choisir de meilleures mitaines, un autre chapeau, ou ajoutent une veste sous leur manteau. Et je n’ai jamais eu à intervenir pour les forcer à s’habiller! Quand je vois des parents faire la guerre pour forcer leur enfants à s’habiller comme ils pensent qu’ils devraient le faire, j’y vois une énorme perte de temps et d’énergie!
    Quand le printemps arrive et qu’ils courent partout sous un gros soleil frisquet, il n’en tient qu’à eux de décider s’ils sont à l’aise avec leur manteau ou un simple coton ouaté. Je ne m’en mêle pas, ils s’arrangent, et j’ai confiance en leur jugement.
    Alors que j’écris ces lignes, nous venons de vivre un matin frisquet de 10 Celcius. Ma fille de 5 ans est partie pour l’école avec une veste en coton ouaté et mon fils, en simple T-Shirt. Je croyais sincèrement qu’il entrerait se mettre quelque chose de plus chaud, mais il a passé sa matinée à courir sans jamais avoir froid. Mais surtout, il refuse de s’apporter une veste (même cachée dans son sac) parce qu’il sait qu’il sera forcé de la mettre pendant les récrés alors que, tout comme moi à son âge, il n’en voit pas l’intérêt parce qu’il a trop chaud. Peut-être donc que mon fils s’est forcé à tolérer le froid ce matin en prévision du reste de sa journée… Brillant ce coco!
En voilà un qui a attrapé un vilain virus.

Et je t’entends penser: non, le froid ne rend pas malade. Les virus rendent malades et s’attrapent lorsqu’on entre en contact avec eux. Je suis peut-être simplement chanceuse, mais il est très rare que mes enfants soient enrhumés ou qu’ils développent des maladies infectieuses (otite, gastro, streptocoque, etc). Alors même si je me fais regarder de travers par la façon dont mes enfants sont vêtus dehors, une p’tite voix me dit de continuer de leur faire confiance. Ils savent très bien se gérer seul.

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